Salamandre Cycles


La Coureuse


Et encore un vélo à moi ! J’ai beau rouler sur Laure, je ne serai jamais riche si je continue sur cette lancée ! Allez, je me livre cette fois encore au jeu de l’interviewer interviewé !
Quel est donc le Yann qui a bien pu réaliser un tel vélo ?

J’ai beau ne pas être très fan d’un certain côté « bobo-hipster » qui peut se dégager de la mouvance fixie, néo-rétro et, dans une moindre mesure, gravel, je dois avouer que sur ce vélo-ci, j’ai bien mis de côté mes préjugés et j’y suis allé à fond. Mais bon, j’aime bien le résultat et c’est le principal. Tant que je ne me fais pas faire un maillot au look vintage, une paire de knickers et une casquette à visière à moitié rabattue à l’effigie de Recyclette tout va bien…
Mais alors, pourquoi ce vélo ?
L’idée d’origine était de remplacer ma Recyclette utilitaire par un vélo plus vif. Mais, a posteriori, sans en faire un vélo de salon, je sais qu’un usage quotidien la vieillirait prématurément. C’est donc Laure, plus rustique, qui a endossé le rôle de « la sacrifiée ». La Coureuse (ce nom m’est venu par analogie avec la Dompteuse, mon fat conçu pour dompter les descentes les plus indomptables !) est là pour courir. Pas pour faire la course non, encore que j’aime pas trop quand on me pique, mais pour courir la montagne et les petites routes. Pour s’offrir de belles escapades plaisir avec une bicyclette qui roule toute seule.
Avec ses gros pneus, la Coureuse roule bien mieux que les pures machines de route sur les revêtements rarement très lisses de nos petites routes bucoliques. Seuls les cyclistes vraiment puissants peuvent exploiter les machines de course qui sont la norme dans le milieu de la route. Mais peu de gens le savent car peu ont essayé ces alternatives. La majorité se contente de continuer à supposer que des pneus fins roulent mieux quoi qu’il en soit...
Je sais que c’est dangereux de te questionner sur la technique mais en quelques mots, que peux-tu nous dire de ce vélo ?
Au départ, ce vélo était un Décathlon Cobra 720. Un vélo de route plutôt anonyme mais au cadre acier de qualité. Mais je me suis tellement lâché sur les modifications qu’il aurait probablement été aussi rapide de partir de zéro. On est là dans l’ultime retranchement de Recyclette, là où la démarche devient uniquement guidée par le plaisir et où la notion économique du concept ne fait plus sens. Jugez-en par vous-même :
- Création d’un évidement interne aux bases pour passer le pneu de 650x42b
- Remplacement du pontet de liaison entre haubans par un tube doté de 3 inserts (garde-boue et porte bagages)
- Installation de tasseaux de frein pour roue de 650b
- Installation d’une butée de gaine pour frein cantilever
- Suppression des routages de câble de frein et passage interne de gaine dans le tube supérieur
- Remplacement de la douille de direction par une douille en 1 1/8"
- Brasage de butées de gaines de dérailleur réglables
- Installation de diabolos pour porte bagages
- Installation de plots support de protection de base droite
La potence intégrant les manettes de vitesses m’a demandé à elle seule un temps de travail peu « Recyclette friendly ». La fourche est une Surly Long Haul Trucker dont la seule modification a été de réhausser les tasseaux de frein pour les adapter à une jante en 650b. Enfin la peinture RAL 5003 satiné met bien en valeur l’équipement argent, cuir et bois clair.
L’équipement mixe ancien et nouveau, neuf, occasion et récup. Quelques pièces du vélo d’origine, d’autres ayant équipé mes propres vélo il y a 20 ans ou plus, certaines offertes par des copains, la selle en provenance directe de mon vélotaf, formée à mon anatomie, quelques pièces neuves « standard ». Je n’ai pu échapper à quelques pièces néo-rétro (notamment au niveau des roues) pour pouvoir compléter harmonieusement le tableau.
Mais le clou du vélo, ce sont les magnifiques garde-boues en châtaignier que Pierre a réalisés. Partant de l’arbre sur pied, trouvé près de chez lui, il a coupé, débité, fait sécher, raboté, cintré, assemblé, traité le bois et réalisé lui-même les fixations métalliques, intégrant une ancienne fixation de garde-boue, dans l’esprit Recyclette. 5 couches de bois composent ces garde-boues dotés d’une rainure centrale pour favoriser l’écoulement de l’eau par le bas, ce qui est généralement la limite des garde-boues plats (solution validée ce matin même sous le déluge !). Du grand art !
Le commentaire de Yann : je crois qu’on m’a assez lu, je vais m’abstenir…